Suite au discours d’Emmanuel Macron aux préfets, le 5 septembre 2017, le Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants (BAAM) condamne fermement la politique prônée par le président de la République et son gouvernement quant à la réforme annoncée du CESEDA (Code de l’entrée et du Séjour des Etrangers et des Demandeurs d’Asile).

Alors que les migrants sont stigmatisés par l’usage d’un vocabulaire médical dans l’ensemble de son intervention, les considérant comme des tumeurs propres à s’enkyster en France, le BAAM vous livre son diagnostic.

 

Quand la France externalise ses contrôles aux frontières…

Le président de la République a annoncé le 27 juillet à Orléans la création de missions de l’OFPRA au Tchad et au Niger. Il l’a confirmé lors du mini sommet France-Afrique du 28 août en présence des chefs d’états nigérien, tchadien, espagnol, libyen, allemand et italien.

Pour rappel, si Édouard Philippe, Premier Ministre, a déclaré « c’est dans les moments difficiles qu’on reconnaît ses amis », il semble oublier que le président tchadien est au pouvoir depuis 27 ans et qu’il est régulièrement condamné par les organisations de défense des droits humains pour son recours excessif à la force, pour ses atteintes régulières à la liberté d’expression et pour sa gestion désastreuse dans l’accueil des réfugiés.

Le Haut commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme a ainsi condamnés les renvois forcés de nigérians du Tchad, accusés d’appartenir à Boko Haram, en violation du principe de non refoulement. Quant au président du Niger Mamadou Issoufou, il a été fermement condamné par la presse nigérienne pour les liens étroits qu’il entretient avec le groupe Bolloré. Ainsi a-t-il confié les travaux de la liaison ferroviaire entre le Niger et le Bénin à Bolloré Africa logistics, sans étude préalable, ni appel d’offre. Il a, par ailleurs, fait récemment condamner son opposant politique à six mois ferme pour complot contre la majorité présidentielle.

De surcroît, la nomination de Pascal Teixeira Da Silva comme ambassadeur des migrations, assied officiellement la politique françafricaine de la présidence Macron. N’a t’il pas déclaré, devant une assemblée de préfets conquis, que sa fonction première serait de mettre au pas les pays africains « récalcitrants ».

 

Les propositions du BAAM : 

  • Non distinction entre réfugiés de guerre, climatiques et économiques
  • Libre choix du pays de dépôt d’empreintes

 

Quand la France vante le modèle allemand…

Macron s’est livré lors de cette réunion à une véritable déclaration d’amour au modèle migratoire allemand. Or, tout est loin d’être idyllique au royaume de la chancelière Merkel. Elle a ainsi récemment scellé un accord entre le gouvernement et les états régionaux visant à accélérer les expulsions des demandeurs d’asile déboutés.

L’office fédéral pour les migrations aura ainsi libre accès au téléphone des demandeurs d’asile et la création d’un centre d’expulsions sera mise en œuvre très rapidement.

Avant la conclusion de cet accord, les demandeurs d’asile n’avaient pas le droit de quitter la ville ou la zone administrative qui leur avait été arbitrairement assignée et les syndicats allemands avaient vivement dénoncé les manœuvres du patronat afin d’obtenir des dérogations au salaire minimum pour embaucher des réfugiés.

Enfin dès 2016, l’Allemagne a affiché sa volonté de renvoyer 12500 demandeurs d’asile afghans à Kaboul.

 

Les propositions du BAAM : 

  • Remise en cause des accords entre l’Union Européenne et la Turquie, l’UE et l’Afghanistan, des accords du Touquet et du processus de Khartoum
  • Retrait de la France de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (FRONTEX)

 

Quand la France accélère les procédures de renvois…

Macron : « il faut que vous ayez présent à l’esprit que tout une jeunesse forme sa conscience politique et civique en nous regardant faire ». Si tel est le cas,un état des lieux s’impose.

Non monsieur Macron, les ordonnances de 1945 de De Gaulle ne sont pas notre modèle, nous sommes les enfants de la convention de Genève. Vous savez celle qui visait à offrir un asile sûr aux milliers de rescapés de la Shoah. Celle qui permet de protéger les femmes et les populations gays persécutées et pas d’accélérer le renvoi d’hommes, de femmes et d’enfants, réfugiés de conflits armés, de bouleversements climatiques ou encore de nos guerres économiques.

Ceux-là même qui sont pourchassés dans les rues parisiennes, dans le Calaisis et à la Roya et qui parfois après avoir parcourus des milliers de kilomètres trouvent la mort dans nos gares, électrocutés, sur nos autoroutes, écrasés ou dans la Seine, noyés.

En effet, il est parfaitement ironique de votre part de vouloir que les demandeurs d’asile voient leurs dossiers étudier en un semestre, alors que les préfectures délivrent des attestations Dublin à tour de bras, laissant pendant plus de six mois des personnes en attente d’accéder à leur demande d’asile, quand l’augmentation des mises en fuite par vos services les oblige à rester plus de 18 mois sans qu’aucune étude de leurs dossiers par l’Ofpra ne soit entamée. Quand Monsieur Macron condamnerez-vous enfin le système de t « Dublin » qui fait vivre des milliers de réfugiés en absurdie ?

Alors que vous saluez « l’ingéniosité des préfets » à chercher des solutions d’hébergement, nous dénonçons plutôt la politique de non-accueil que les services de l’Etat mettent en oeuvre. Est-ce réellement digne pour la sixième puissance mondiale, qui se targue de voir sa capitale accueillir les Jeux Olympiques, de proposer comme seuls hébergements, des hôtels insalubres, des gymnases et des tentes où sont parquées des centaines de personnes, des centres d’hébergement où l’accompagnement des personnes est déficient..

 

Les propositions du BAAM : 

  • Retrait du règlement Dublin III et abandon du projet Dublin IV de la commission européenne
  • Prise en charge systématique des demandeurs d’asile dans les CADAS avec un suivi juridique et social dispensé par des personnes qualifiées
  • Accès effectif et immédiat à la demande d’asile à compter de la première présentation en plateforme d’accueil pour les demandeurs d’asile (PADA)