Toujours pas de local pour le BAAM !

Suite à notre communiqué et notre pétition dénonçant le fait que nous n’avons plus de locaux pour exercer nos activités, les directions d’Aurore et Plateau Urbain, structures auprès desquelles nous étions locataires et qui gèrent la plupart des friches urbaines de Paris, ont souhaité nous répondre.

Aucune solution ne nous a été proposée, mais elles ont tout de même souhaité exprimer leur compréhension et leur solidarité à notre égard, ainsi que leur volonté de poursuivre la lutte à nos côtés autour de nos valeurs communes.

C’est justement le problème : nos deux modes de fonctionnement paraissent difficilement conciliables.

Au-delà du fait que l’urbanisme transitoire menace la pérennité des locaux associatifs, fragilisant ainsi le BAAM et les structures similaires, il est peu aisé, pour une association hautement subventionnée telle qu’Aurore, de porter des revendications fortes. Nombreuses sont celles qui ont renoncé à militer pour la justice sociale en même temps qu’elles ont accepté de se faire prestataires de l’Etat. On ne mord pas la main qui nous nourrit, veut l’adage.

Dans la même veine, l’État s’est mis à déléguer massivement les missions liées à la formation, l’insertion professionnelle et l’apprentissage du français aux exilé.es à des structures se revendiquant de l’économie sociale et solidaire, mais épousant en réalité le modèle « start-up ».

Au regard de leur absence totale d’interpellation politique, on se demande bien dans quels sens ont été employés les mots « social » et « solidaire ». Alors que les politiques d’accueil se sont détériorées au plus haut point sur le plan juridique comme en termes de moyens mis en œuvre, ces structures fleurissent. Non seulement permettent-elles à l’État de se décharger de ses responsabilités, mais elles s’attachent également à promouvoir certaines pratiques discutables : promotion à outrance de l’entreprenariat, recours à des bénévoles ou des volontaires plutôt qu’à des professionnels salariés, valorisation de champs professionnels hors-sujet afin de répondre à des appels à projet… Rien n’y est vraiment pensé pour les exilé·es.

Dans le même temps, les associations d’aide aux migrant·es se retrouvent sans solution. Ces associations, ce sont celles qui pointent les responsabilités et les manquements des institutions dans le carnage qui se poursuit en Méditerranée comme aux portes de Paris. Celles qui défendent la liberté d’installation et de circulation. Celles qui réclament des papiers pour tous.

Alors, parce qu’il ne peut pas n’y avoir de place que pour une contestation sponsorisée par l’État, le BAAM continuera à suivre sa voie et faire entendre sa voix.