Pipeau et facho : triste rentrée politique pour les migrant·es !

Alors que la misère, elle, ne prend jamais de vacances, la rentrée politique s’est traduite, pour les migrant·es, par un retour en force de la violence, de la bêtise et de l’abject.

C’est plus précisément le 16 septembre que le ton a été donné, à droite comme à gauche, sur la manière d’envisager la question migratoire dans les mois à venir.

Ce jour-là, devant les parlementaires de la majorité, Emmanuel Macron se vautre dans le populisme le plus criard et dans la désinformation la plus criante, opposant immigration et classes populaires à la manière de ceux que seule l’extrême-droite ose appeler penseurs : « Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. (…) Les bourgeois de centre-ville, eux, ils sont à l’abri ! »

Il est peu probable qu’en prétendant offrir aux classes populaires le discours qu’elles seraient censées attendre, le président souhaite réellement endiguer la montée du Rassemblement National. Nous pensons plutôt qu’il cherche à désigner son adversaire en vue d’un prochain scrutin. Que cette stratégie n’ait jamais vraiment payé par le passé et qu’Emmanuel Macron ait la prétention de croire qu’il réussira là où d’autres ont échoué reste secondaire. Ce qui nous met en colère, c’est que l’exécutif, par ses lois racistes et son discours belliqueux, fragilise la situation des migrant·es. Quand ils ne représentent pas une menace vitale, ces discours et ces lois les affaiblissent socialement, médicalement, psychiquement. Et cela, pour nous, ce n’est pas secondaire.

Si la xénophobie d’Emmanuel Macron n’aura échappé qu’à peu d’entre nous, le lancement non-officiel de la campagne d’Anne Hidalgo, lors de la conférence « Ensemble, agissons contre le sans-abrisme », est passé beaucoup plus inaperçu. Son contenu n’en est pas moins intéressant. Lors de cette conférence organisée par Aurore, et en présence des principaux opérateurs d’Etat dans les domaines de l’hébergement et de l’insertion, la maire de Paris s’est vue offrir une excellente occasion de se décharger des manquements observés au cours de son mandat, concernant notamment la gestion des campements.

Oubliés, les campements sans eau et largement sous-équipés en terme de sanitaires.
Oubliées, les interventions de la police municipale pour déloger les exilé·es, et celles des services de propreté pour jeter leurs tentes et affaires personnelles à la benne.

Oubliés aussi, le centre de tri de la Chapelle, ses files d’attentes de plusieurs jours, les gaz lacrymogènes régulièrement utilisés contre les migrant·es, les malades non pris en charge devant ce même centre.

Oubliés, complètement oubliés, les dizaines de mineurs rejetés au faciès chaque jour par les services du DEMIE, qui dépendent aussi d’Anne Hidalgo puisqu’elle préside le Conseil de Paris.

Tout ceci, donc, n’existerait pas aux yeux des acteurs présents lors de cette soirée, l’action d’Anne Hidalgo y étant même louée à plusieurs reprises. Entendre l’élue se plaindre de l’invisibilisation et des conditions indignes dans lesquelles vivent les migrant·es aux portes de Paris ressemblerait à une farce, si ce n’était pas si grave.

La conférence a donné lieu à un énième manifeste, plein de belles prises de position dont aucune ne sera suivie d’une action mettant véritablement à mal la politique raciste qu’elles dénoncent.

On y entend également Anne Hidalgo et les différentes associations se prévaloir d’un travail de secours et d’accompagnement qui à notre connaissance est encore fortement pris en charge par des organisations de soutiens : distribution alimentaire sur les campements, aide matérielle, aide sociale et juridique, hébergement solidaire et mise à l’abri des mineurs. Toutes ces activités sont prise en charge par des personnes solidaires, qui, quotidiennement, effectuent le travail dont ni l’Etat, ni ses opérateurs, encore moins la Ville et le Département, ne s’acquittent.

Ironie de l’histoire : bien que le BAAM soit depuis ses débuts et jusqu’à ce jour régulièrement sollicité par ces acteurs pour pallier les lacunes des dispositifs d’accueil, nous n’avons encore reçu aucune proposition de leur part pour trouver un local.

Bref, cette conférence était vraiment lamentable. Il aurait été préférable de laisser l’accordéoniste jouer deux heures plutôt que de raconter du pipeau.

Si votre organisation désire signer ce texte, envoyez un mail à baam.asso@gmail.com. La liste des signataires sera mise à jour toutes les 24h.

Voir l’article du Monde ici.
Voir la vidéo de la conférence ici.