Le 11 mai, aux Labos d’Aubervilliers les militants présents lors de la journée Human After All élaborent le manifeste qui suit. Un débat a ensuite lieu avec les membres des partis politiques présents.

Cette date du 11 mai est au carrefour de plusieurs échéances symboliques. Les commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, célébrées il y a trois jours, nous rappellent que la montée de l’extrême-droite en Europe, les atteintes au droit des étrangers et la banalisation de discours xénophobes ne sont jamais anodines et imposent de notre part une vigilance de chaque instant.
C’est justement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que la Convention de Genève relative au statut des réfugiés avait été ratifiée afin d’assurer la protection des populations déplacées durant les combats. Depuis, le champ d’application de ce texte n’a cessé de se réduire, au point que nombre d’états membres de l’Union Européenne en bafouent aujourd’hui le principe fondamental, celui du non-refoulement des personnes menacées.
À deux semaines des élections européennes et à l’heure où brandir le spectre d’une invasion migratoire fait office d’argument électoral, ce manifeste voudrait faire entendre une voix solidaire de celles et ceux qui fuient les guerres, les crises économiques, l’homophobie ou les désastres écologiques. De celles et ceux dont on oublie, à force de les réduire à une masse informe, qu’ils sont d’abord des humains.

Humain·e·s malgré tout !

Sur le règlement Dublin

C’est quoi ? Adopté en 1990, durci à deux reprises depuis (une nouvelle refonte est en projet), le règlement Dublin impose aux personnes arrivant en Europe d’enregistrer leur demande d’asile dans le premier état de l’UE où elles ont déposé leurs empreintes.

Pourquoi c’est inhumain ? Parce qu’on ne choisit pas le pays par lequel on arrive en Europe. Parce que les empreintes sont parfois prélevées sous la contrainte. Parce que le souhait des migrant·e·s de rejoindre un pays se heurte à une politique de quotas contraire au principe de non-refoulement. Parce que le casse-tête Dublin retarde parfois d’un an et demi l’examen de la demande d’asile en lui-même.

Ce que nous revendiquons ? La non-application de Dublin par les préfectures (l’article 17 du règlement l’autorise). Et puisque les états européens, notamment la France, cherchent à tout prix à raccourcir le délai d’examen des demandes d’asile, prenons-les au mot et épargnons aux exilé·e·s cet entre-deux juridique de plusieurs mois !

Sur Frontex

C’est quoi ? Une agence européenne dont le rôle est d’aider les états de l’UE à sécuriser les frontières extérieures de l’espace Schengen, et plus particulièrement de contrôler l’immigration illégale.

Pourquoi c’est inhumain ? Frontex coordonne des opérations de renvoi de personnes irrégulières vers leurs pays d’origine. Ses effectifs vont être portés à 10 000 garde-côtes et son budget (320 millions d’euros en 2018) bénéficier d’une augmentation sensible. Objectif : que l’agence dispose de son propre matériel militaire, telle une milice privée échappant à tout contrôle démocratique.

Ce que nous revendiquons ? La fin de Frontex, dont les financements astronomiques (plus d’un demi-milliard d’euros par an à partir de 2019, selon les estimations) couvriraient les besoins d’une politique d’accueil digne.

Sur la sécurisation des voies d’accès

C’est quoi ? Le contrôle des flux migratoires en Méditerranée incombe à Frontex. Une partie de cette tâche est toutefois confiée aux garde-côtes libyens, qui ramènent les migrant·e·s dans les geôles de Tripoli et entravent l’action des navires humanitaires. Cela n’a pas dissuadé la France, dernièrement, de leur fournir six zodiacs…

Pourquoi c’est inhumain ? Parce que 2275 personnes ont disparu en Méditerranée au cours de l’année 2018 (chiffres de l’UNHCR). Parce que sur la même période, la route entre la Libye et l’Europe a tué un·e migrant·e sur quatorze. Parce que des femmes et des hommes meurent tous les jours en Hongrie, en Bulgarie ou sur les barbelés de Ceuta et Melilla.

Ce que nous revendiquons ? L’ouverture et la sécurisation de voies d’accès marines et terrestres vers l’Europe. Cela ne créera pas d’appel d’air, les migrant·e·s viennent déjà malgré les risques d’accident ou de noyade. Il s’agit simplement de les protéger. En attendant une politique européenne en ce sens, laissons les navires humanitaires sauver des vies.

Sur les accords bilatéraux

C’est quoi ? Par le biais de ces accords, l’UE délègue aux pays tiers (Libye, Tunisie…) la responsabilité d’exercer, sur leur territoire, le contrôle des flux migratoires.

Pourquoi c’est inhumain ? Parce que délocaliser la gestion des frontières n’aboutit qu’à les repousser un peu plus. Parce que l’externalisation des procédures d’asile permet à l’Europe de se décharger du sale boulot d’expulser les migrant·e·s. Parce que les accords UE-Turquie, UE-Mali ou UE-Niger n’ont pour objectif que de dissuader, trier et enfermer les candidats au départ.

Ce que nous revendiquons ? L’UE doit mettre fin à ses discours hypocrites sur l’hospitalité et l’accueil, elle dont l’ingérence orchestre un véritable système de domination du Nord sur le Sud.

Sur les hotspots

C’est quoi ? Présentés comme une solution positive aux difficultés de gestion grecques et italiennes, les hotspots ont été mis en place pour doter les frontières de l’Union d’un instrument de répartition des personnes ayant besoin d’une protection internationale.

Pourquoi c’est inhumain ? Parce que l’activité de ces hotspots s’inscrit en dehors de tout cadre légal : les migrant·e·s y sont privés d’un accès au juge, à un avocat ou aux associations. Ce sont de véritables zones de non-droit où les migrant·e·s sont soumis·e·s à toutes les formes de torture. Ce système ne sert que la répression et la dissuasion de l’immigration.

Ce que nous revendiquons ?
Le démantèlement des hotspots.

Signataires :

BAAM – Collectif Migrant-e-s Bienvenue 34